Phénoménologie

Phénoménologie

Le philosophe allemand HUSSERL (fin XIXème) partant de ses intérêts pour les mathématiques et la logique est considéré comme le premier « maître » de la phénoménologie.
En 1901, HUSSERL publie les Recherches Logiques et y développe une problématique qui l’habitera toujours, l’inévitable relation entre l’objectivité de la science et l’exigence d’une fondation subjective de la vérité.

Un fait serait conditionné à la fois par une réalité extérieure (ou en soi le Noumène est une réalité intérieure (ou pour soi) le Phénomène. Le Phénomène serait donc ce qui appartient au sujet conscient soit par l’intermédiaire de ses sens (perception) soit directement (souvenir, imagination). Toutefois, ce n’est pas notre propos d’exposer les procédures adoptées par Husserl pour passer du donné naturel au transcendantal, c’est-à-dire pour étudier la part de la réalité en soi et de la réalité pour soi.
Nous nous contenterons de rappeler succintement quel a été l’apport de la phénoménologie à la connaissance perceptive à partir de l’œuvre de Merleau Ponty.
La phénoménologie est d’abord une attitude philosophique qui s’en tient à l’analyse des données phénoménales et qui se préoccupe donc de notre contact avec le monde. C’est aussi l’essai d’une description directe de notre expérience « banale » telle qu’elle est ; on ne doit pas étudier le monde en soi d’une part et la conscience en soi d’autre part mais la rencontre pour soi du monde et de la conscience. Les vues scientifiques selon lesquelles je suis un moment du monde sont toujours naïves et hypocrites parce qu’elles sous-entendent sans la mentionner cette autre vue, celle de la conscience par laquelle d’abord un monde se dispose autour de moi et commence à exister pour moi (Merleau Ponty, 1945).
La Perception est ainsi un contact naïf avec le monde qui s’appuie toujours sous l’angle de l’objet perçu et du sujet percevant. « Revenir aux choses mêmes, c’est revenir à ce monde avant la connaissance dont la connaissance parle toujours, et à l’égard duquel toute détermination scientifique est abstraite, dépendante comme la géographie à l’égard du paysage où nous avons d’abord appris ce qu’est une forêt, une rivière …
et d’une autre façon : « Le monde physique dont il s’agit n’est plus le monde de la science physique révélé par des appareils de mesure, c’est le monde des choses telles qu’elles apparaissent au sujet à simple inspection, son monde phénoménal révélé cette fois par les indications que donne l’instrument sujet » (MICHOTTE, 1962).
La Phénoménologie critique quelques théories :
La sensation pure
Selon cette théorie, il existerait des sensations pures se bornant à une réception sensorielle, sorte de choc instan­tané, ponctuel, par exemple voir du rouge. Mais cette pure impres­sion est phénoménologiquement introuvable. Je reconnais toujours quelque chose dans un champ perceptif : je ne perçois pas des couleurs dans un jardin mais des fleurs ou des ensembles colorés et je conserve un même rouge vif à l’ombre et à la lumière alors que le stimulus est différent. Il existe bien sûr des influences centrales de rectifications. Le monde extérieur n’est pas copié, il est reconstitué et devient ainsi une réalité pour moi.

L’associationnisme (héritier de l’Atomisme)
Selon cette théorie, ce qui est perçu est construit par association entre les éléments. Ainsi, le cercle des mathématiciens est une succession de points mais si je fais des points pour tracer un cercle il y aura un moment où je verrai un ensemble de points et un moment où je verrai un cercle. Le passage de l’un à l’autre n’est pas progressif par addition d’éléments ; je perçois de façon entière l’une ou l’autre chose mais pas les deux. Les combinaisons d’excitants amènent sur le plan psychique des impressions caractéristiques très différentes de la somme des impressions caractéristiques qu’ils produisent lorsqu’ils agissent isolément. Bien sûr, on peut penser que c’est la mémoire des sensations antérieures qui me fait dire que c’est un cercle et il est incontestable que les informations que possède l’observateur à propos de la situation peuvent exercer une influence sur la Perception. Mais l’appel aux souvenirs présuppose ce qu’il est censé expliquer. Quand je reconnais l’objet cela veut dire que la mise en forme est déjà réalisée. Ce n’est pas le souvenir qui me fait faire l’association, il n’est que la confirmation du fait que celle-ci a déjà été réalisée comme correcte. C’est l’association qui fait le souvenir et non l’inverse. Les phénomènes perceptifs ne doivent en général leur origine ni à l’expérience acquise, ni à l’association des impressions visuelles avec des sensations tactiles ou kinesthésiques, ni à l‘intervention de l’imagination ou de la mémoire. Ils seraient au contraire réellement primitifs, c’est-à-dire qu’ils constitueraient la réponse directe à un ensemble d’excitations distribuées d’une certaine manière dans le temps et dans l’espace sur les surfaces sensibles de nos sens et qui commanderaient une organisation déterminée du champ perceptif“ (MERLEAU PONTY, 1945)
L’objectivisme
Selon cette théorie il existe en dehors du sujet un monde qui a une structure en soi et l’attention ferait exister pour moi ce monde qui existe en soi mais l’attention n’est pas la cause des images qu’elle fait apparaître, elle est seulement un projecteur qui met en lumière, il m’est donc impossible d’approcher un monde en soi, je rencontre toujours un monde pour moi et je ne sais pas s’il existe un monde en soi. Le sens est donné d‘emblée. Avant que l’objet ait pris un sens pour moi il n’y a pas d’objet du tout et pas une partie d’objet. Il y a des bizarreries, c’est tout. Je dis que je perçois correctement quand mon corps a sur le spectacle une prise précise mais cela ne veut pas dire que ma prise soit jamais totale. Elle ne le serait que si j’avais pu réduire à l’état de perception articulée tous les horizons intérieurs et extérieurs de l’objet, ce qui est en principe impossible. (MERLEAU PONTY, 1945).
En résumé, la phénoménologie a mis l’accent sur la Perception comme lien “phénoménal“ entre l’individu et son environnement donc sur la Perception comme support de la connaissance, et cette dernière est ainsi à la fois objective et subjective. Elle est subjective dans la mesure où elle a un sens immédiat (et non pas, construit) pour le sujet. Je ne peux pas voir l‘intérieur d’un cube plein et ou à la fois les six faces de ce même cube. La saisie du sens est indispensable à la connaissance. Il faut donc revenir à l’expérience perceptive de façon naïve, en abandonnant le recours aux grands systèmes théoriques.
Merleau Ponty cite par exemple l’expérience de la perception du cube : je le perçois avec son volume et ses 6 faces alors que je ne peux voir que 3 faces à la fois. Mais je sais qu’il a 6 faces parce qu’il a pris sens de cube. Ce sens m’est donné parce que j’ai en moi (subjectivement) la connaissance du cube.
Cet exemple permet également de mettre en relief un autre point d’insistance de la phénoménologie : le statut particulier du corps humain. Le corps est objet dans l’espace mais en même temps il habite l’espace (et le temps). C’est le mouvemenIci la phénomélogiet de mon corps phénoménal et non de mon corps physique qui fait le tour du cube pour me dire qu\’il a 6 faces. En quelque sorte j’éprouve le sens de l’objet dans mon corps qui me permet de passer d’une perception du monde tel qu’il m’apparaît à une perception du monde tel qu’il est.
Le rôle du corps “vécu“ a ainsi une grande importance en psychologie : schéma corporel, image du corps. Un autre point important mis en évidence par la phénoménologie est celui du champ perceptif.
Mon corps perçoit toujours dans les limites d’un champ qui en détermine le sens par sa configuration. En conclusion, il est possible de dire que la Phénoménologie a insisté sur la nécessité de changer d’attitude quant aux recherches sur la Perception : abandonner les grands systèmes théoriques pour revenir à l’observation naïve des phénomènes. Elle a montré que l’on devait dépasser la distinction artificielle entre objectivité et subjectivité. Par conséquent les théories associationnistes et objectivistes sont incomplètes pour rendre compte de la perception. Elle a aussi mis en relief le statut particulier du corps et le rôle du champ dans les phénomènes de perception.