Gestalt Theory

Gestalt Theory

Illustration : Oleg Shuplyak

Le nom allemand de GESTALT donné à la théorie de la Forme indique son origine : gestalten signifie mettre en forme, donner une signification; gestalt serait donc une forme structurée, complète et qui prend un sens pour le sujet qui perçoit. La Gestalt Theory est née au milieu d’un mouvement d’idées et de recherches expérimentales situées en Autriche et en Allemagne à la fin du XIXe et au début du XXème siècle. Dans cet ensemble, on trouve les travaux du physiologiste Wundt qui veut donner à la psychologie la rigueur d’une science de la nature et l’affranchir de la tutelle de la philosophie à laquelle il reproche d’avoir réduit la psychologie à l’étude de la conscience. L’allemand Franz Brentano préconise l’étude de l’acte intentionnel de la conscience et non plus de cette dernière séparée de ses actes. Il va ainsi dans le sens du mouvement phénoménologique qui exercera une influence majeure sur la théorie de la Forme. Enfin l’orientation des travaux de physique sur l’électricité et les champs magnétiques va donner des modèles où la théorie de la Forme puisera des analogies. Rappelons que les noms de Wertheimer, Kohler et Koffka sont particulièrement associés à la théorie de la Forme.

Qu’est ce que la théorie de la Forme ?
La théorie de la Forme propose de considérer que notre système perceptif met en place des processus de traitement de l’information qui nous rendent capables d’interpréter les objets ou les situations qui nous entourent grâce à l’organisation immédiate de nos observations, indépendante de notre volonté, comme si les choses s’organisaient d’elles-mêmes. ​Par exemple à travers cette première figure, notre système perceptif nous fait voir un carré. Toutefois celui-ci n’existe pas dans la figure. Ce sont en réalité 4 cercles amputés chacun d’un morceau que nous identifions d’emblée comme étant la figure d’un carré. Ces 4 figures semblent s’organiser immédiatement comme une seule unité et finalement c’est grâce à cette immédiateté que nous pouvons identifier la figure du carré. Donc si toute chose nous apparaît spontanément comme une unité définie c’est parce qu’elle s’organiserait en totalité selon des facteurs indépendants de l’expérience propre à chacun.

D’une manière générale, ces phénomènes ne doivent pas leur origine à l’expérience acquise ni à l’association d’impressions visuelles avec des sensations tactiles ou kinesthésiques, ni à l’intervention de l’imagination ou de la mémoire. Ils seraient au contraire réellement primitifs, c’est à dire qu’ils constitueraient une réponse directe à un ensemble d’excitations distribuées d’une certaine manière dans le temps et dans l’espace, sur les surfaces sensibles de nos sens et qui commanderaient une organisation déterminée du champ perceptif » (Michotte, 1962)

La théorie de la Forme repose sur 2 principes : la distinction figure/fond et le principe de regroupement.

1) la distinction figure-fond
Ici (Vase de Rubin), le fond peut être constitué par le noir et la forme par le blanc et ainsi donner à percevoir un vase. Toutefois, le fond peut aussi faire apparaitre la figure et de la sorte deux visages apparaissent : la figure devient ainsi le fond. La théorie de la Forme considère que ce processus est un préalable à toute reconnaissance d’une forme. Notre système de perception aurait en effet une tendance à organiser les informations de telle façon que tout ce qui a une signification pour nous soit perçu en premier comme une figure. Celle-ci se projetterait alors en avant du fond et deviendrait persistante ; le fond étant alors perçu comme moins bien structuré et moins identifiable.

2) Le principe de regroupement

Le principe de regroupement peut être illustré à l’aide de l’image ci-jointe :  après un certain moment nous finissons par identifier la figure d’un chien dalmatien (sa tête renifle le sol) qui se détache de l’ensemble des tâches noires. Les gestaltistes nous disent que notre cerveau réalise systématiquement une mise en forme des informations perçues grâce à une organisation immédiate des relations entre ces informations.
En somme, ces relations sont nécessairement existantes en moi, elles me permettent ainsi d’organiser une forme globale et non de la recomposer élément par élément, et ainsi de reconnaître ce qui correspond le mieux à ce que je connais. Ainsi continuellement, notre système de perception réalise une distinction entre des éléments (des figures) qui partagent souvent le même fond et non pas seulement des figures qui possèderaient leur propre fond. Pour parvenir à identifier une figure efficacement et rapidement, notre système perceptif ferait appel à des principes de regroupement complémentaires dits, lois de la Forme.

Loi de Proximité
Quand nous regardons une image dans sa globalité, les éléments les plus proches sont immédiatement regroupés et sont perçus comme formant un ensemble.

Par exemple, sur cette figure nous percevrons immédiate-ment 3 paires de traits et un trait isolé plutôt que 7 traits.

 

Loi de Similitude
Dans un ensemble d’éléments disparates, les éléments semblables sont perçus comme appartenant à une même figure. Ainsi, en regardant la figure ci-après qui comporte le même nombre de boules, à gauche on identifiera plutôt des lignes horizontales plutôt que des lignes verticales ;

tandis qu’en regardant la figure de droite, on perçoit plus facilement des lignes verticales plutôt qu’horizontales.

Loi de clôture : une forme fermée sera toujours plus prégnante qu’une forme ouverte ; des lignes délimitant une surface seront – toutes choses étant égales par ailleurs – plus facilement reconnues comme totalité que celles qui ne se rejoignent pas.